La Statue du cap Trinité
L’érection d’une statue sur le premier palier du cap Trinité n’est pas le fruit du hasard, elle résulte de la détermination et de la foi d’un homme. Toute cette histoire débute, en 1879, lorsqu’un commis-voyageur de Québec, Charles-Napoléon Robitaille, revient vivant d’une traversée périlleuse sur la rivière Saguenay. C’est lors de cet accident sur le pont de glace en face de Chicoutimi, qu’il implorera pour une première fois le secours de la Vierge.
Sa seconde intercession aura lieu chez lui, sur son lit de mort, suite à son retour du Saguenay; où encore une fois, l’homme très croyant remet sa survie entre les mains de la Vierge. Il promet que si elle lui accorde encore dix années de vie, soit le temps nécessaire pour élever ses enfants et établir sa famille, il accomplira « quelque chose de grand pour Elle ». Selon le témoignage de sa fille Hortense : « dans l’après-midi, il se sentit tellement bien qu’il demanda de se lever ». Ses médecins déclarèrent son rétablissement de « miraculeux ».
Après cette guérison, sa première idée fut tout naturellement d’ériger un ex-voto à l’endroit de son péril, mais pour des raisons que nous ignorons, le commis-voyageur délaisse rapidement le site de Chicoutimi. Il opte plutôt pour celui du cap Trinité, un emplacement majestueux du fjord et une destination déjà très prisée par les touristes de l’époque. Apparemment, c’est à la fin du mois d’août 1880, suite à une croisière sur la rivière Saguenay, que Robitaille détermine l’endroit final et amorce sa souscription en faveur de l’érection d’une statue de la Vierge.
Dès le mois suivant, les journaux commence à parler du projet de Robitaille et de la commande d’une statue au sculpteur Louis Jobin. Avec un peu plus de 200 $ en banque, Robitaille poursuit avec acharnement sa campagne de souscription. Partout, on accueille le projet avec enthousiasme et intérêt, les journaux publient de nombreux articles incitant la population à souscrire « pour une œuvre catholique aussi belle que celle-là ». Cependant, la somme totale s’avère difficile à réunir et notre homme décide d’exposer la statue à quelques endroits comme moyen de financement, une fois celle-ci sortie des atelier de Jobin. Rapidement, les journaux commencent à désigner l’ex-voto sous le nom de « Notre-Dame du Saguenay ».
L’exposition prolongée de la statue de Robitaille en retarde son érection sur le cap Trinité qui débutera finalement à la fin du mois d’août 1881. Les travaux effectués sous la direction de François Godin de Québec, s’avèreront difficile par rapport au site choisi pour la statue. À l’origine, le projet devait comprendre une statue de la Vierge, une inscription, une croix et une cloche.
Finalement, la cérémonie de bénédiction a lieu sur le Saguenay, en face du cap Trinité, le 15 septembre 1881, par la rencontre sur les eaux de deux bateaux de croisière. Aux lendemains des festivités entourant la bénédiction, Robitaille se retrouve à nouveau seul et endetté. Selon certaines sources, il doit encore plus de 1 500 $ sur le projet. Il organisera jusqu’à sa mort, survenu en 1897, des excursions bénéfices sur le Saguenay, afin de venir admirer la Vierge du cap Trinité.
C’est son fils, Joseph-Emmanuel Robitaille, qui prendra en charge la responsabilité de Notre-Dame du Saguenay. Il est également l’instigateur de la première véritable restauration, en septembre 1913. Sa mort, en 1917, laisse la statue de la Vierge sans gardien.
Il faut attendre en 1948, avec la restauration effectuée sous les soins de la Société historique du Saguenay, pour sauver l’œuvre de Jobin qui a été laissé à elle-même depuis 35 ans. Ces travaux, terminés en juin de l’année suivante, font dire à l’abbé Victor Tremblay : « maintenant nous avons lieu de croire que la conservation de la statue est assurée ». Suite à cette restauration, la Société historique du Saguenay va devenir propriétaire, en 1954, du terrain de la statue.
Au début des années 1960, les frères Maurice et Pierre Ouellette amorcent une longue implication à l’inspection, à l’entretien et à la restauration de la statue du cap Trinité. Acteurs de premier plan, ils effectueront tous les travaux de 1962 à 2006. En 2008, le Centre de conservation du Québec a pris en charge la restauration de Notre-Dame du Saguenay, en lui redonnant sa couleur blanche originale.
© Éric Tremblay, historien